Voici un texte écrit pour les 7ème joute wattpadiennes de Emaneth. Le thème était : l’origine du mal.

« L’état d’urgence a montré ses limites. Malgré toute la bonne volonté de nos anciens gouvernants, les Français ne sont pas en sécurité. Encore une fois, l’ennemi est à nos portes. Ils débarquent par bateau entier, ils viennent voler nos richesses et nos enfants. Ils viennent pour détruire notre culture millénaire. Ils sont là pour remplacer les Français de souche. Que faut-il que je fasse ? Dois-je laisser ces millions d’étrangers rentrer dans notre pays ? Dois-je laisser à cette racaille le pays de Charles Martel et de Jeanne d’Arc ? »

Silence dans l’aile du midi du palais de Versailles. Il y a un peu plus de deux siècles, les états généraux avaient débouché sur la Révolution. Aujourd’hui, le lieu est le théâtre d’une nouvelle révolution. Le peuple l’a demandé en élisant leur nouvelle présidente et en lui donnant les pleins pouvoirs au parlement.

La présidente est belle. Sur ses affiches, ses longs cheveux blonds volaient au vent. Son sourire de jeune première lui a rapporté quelques millions de voix. Elle incarne le fantasme malsain d’une jeunesse perdue dans une modernité aveugle.

« Je suis chrétienne et la France est un pays chrétien. Nous sommes la fille préférée de l’église. Nous avons la responsabilité d’arrêter cette vague verte, nous devons la bouter en dehors de notre pays. Je suis la présidente de tous les Français Chrétiens. Tous ceux qui ne sont pas d’accord avec ceci peuvent retourner d’où ils viennent. Nous n’avons pas besoin de racailles dans notre beau pays. En tant que présidente, je souhaite aussi restaurer un état fort au-delà de toute contestation. »

L’autorité de l’état est un serpent de mer depuis des décennies. On a fait croire aux Français que leur État était faible et moribond. On leur a fait croire que seule une nouvelle Jeanne d’Arc pourrait les sauver et rétablir l’ordre.

« J’ai décidé de recréer un délit de lèse-majesté. Les prétendus sociologues qui expliquent et excusent les terroristes devront être poursuivis par la justice. Les journalistes qui se gaussent du pouvoir seront mis au pas. Les petits malins sur les réseaux sociaux qui s’amusent à jeter l’opprobre sur la fonction présidentielle seront mis en prison. La France n’a plus de temps à perdre dans de vains débats ou dans des moqueries stupides. Je suis certaine que les vrais patriotes apprécieront cette mesure. Sachez que nous protégerons les vrais Français et que nous châtierons les traîtres à notre patrie comme il se doit. La critique de nos institutions étant la graine de la rébellion et du terrorisme, j’ai décidé d’étendre la déchéance de nationalité aux traîtres coupables du crime de lèse-majesté. »

Tonnerre d’applaudissements, ainsi meurt la liberté d’expression. Elle décède pour donner plus de pouvoir à gouvernement panoptique.

« Une section secrète de la police d’État sera créée pour protéger les honnêtes citoyens des traîtres à notre patrie. Nous lui donnerons les moyens d’écouter les conversations internet des dissidents. Nous bloquerons les sites internet qui fomentent des complots contre nos nobles institutions et nous traînerons leur propriétaire devant des tribunaux populaires. Les dénonciations citoyennes seront encouragées et récompensées. »

La présidente fait de grands gestes pour appuyer ses dires. Devant elle, des députés et des sénateurs acquis à sa cause l’observent avec des regards d’admiration. L’opposition est réduite à une peau de chagrin. Aucune voix dissonante n’ose interrompre son plaidoyer.

« Je veux une justice propre ! Le complot des juges est fini. Le temps où les juges couvraient leur erreur est achevé. Sous mon mandat, la justice deviendra populaire et citoyenne. J’inviterai donc les meilleurs citoyens à rendre des sentences. Il est fini le temps où les délinquants avaient le pouvoir, les peines de prison seront toutes effectuées, les aménagements de peine seront supprimés et il n’y aura plus de réduction de peine pour bonne conduite. Les honnêtes victimes seront aussi écoutées et j’envisage de rétablir la peine de mort. La peur va changer de camp, les racailles devront répondre de leurs actes et en cas de récidive nous rouvrirons les camps de travaux forcés en Guyane. Notre société n’en sera que plus propre ainsi ! »

À nouveau, des applaudissements accueillent les paroles de la présidente. La séparation des pouvoirs s’achève avec la fin de l’indépendance de la justice.

« Mon gouvernement rétablira le service militaire obligatoire pour les hommes, je souhaite que chaque garçon puisse défendre sa patrie face au terrorisme. Les Français doivent être sensibilisé au maniant des armes à feu pour se défendre en cas d’attaque de Daesh. Nous sommes en guerre, nous luttons contre un ennemi qui se cache dans nos cités et dans nos campagnes. Il faudra l’en déloger et purifier notre nation de ces racines corrompues. L’heure de l’explication est finie. Il ne sert à rien de savoir pourquoi on devient un terroriste, la seule chose à savoir c’est la manière dont nous allons éradiquer cette peste. Il n’y aura pas d’intervention de l’Europe. L’empire américain ne nous sauvera pas. C’est à nous Français que cette responsabilité incombe ! »

Au même instant, les chaînes d’information retransmettent le discours de la présidente dans les foyers français. Ces derniers voulaient un changement, ils se disaient qu’il n’avait encore jamais essayé ce parti. Sont-ils déçus ? Sont-ils surpris ?

« Mon gouvernement va prochainement s’atteler à remettre en route le Franc. Nous ne pouvons plus permettre que notre économie soit guidée par des puissances aveugles qui ne souhaitent pas le bien de notre pays. La France ne peut plus se permettre de payer pour se creuser une tombe européenne. Nous ne pouvons plus nous permettre de voir des travailleurs étrangers prendre le travail de nos honnêtes concitoyens. J’ai compris la souffrance du bon père de famille qui voit des Polonais ou des Roumains lui prendre son travail au seul motif qu’ils coûtent moins cher. Il m’est insupportable que ces pays prétendument amis exportent leur pauvreté dans mon pays. Sous mon mandat, je vous promets le plein emploi ! Lorsque nous aurons mis à la porte tous les étrangers, mes compatriotes récupéreront tous les emplois vacants. »

Devant leur écran de télévision, les Français sont-ils anesthésiés ? Sont-ils résignés ? Sont-ils en extase ?

« Je refondrais le code de la nationalité, pour moi être Français ne signifie pas avoir eu la chance de naître sur nos terres. Être Français signifie partager des valeurs communes, le respect de la constitution, de l’identité chrétienne de notre pays et l’amour de notre histoire de Clovis à la fête de la fédération. Être Français c’est soutenir nos paysans et nos éleveurs de porc qui souffrent depuis qu’une frange de notre population a décidé de les boycotter. Toute personne qui ne veut pas respecter ceci devra repartir dans son pays. Nous n’avons que faire de ce genre d’individu. En cas de non-respect de cette règle, nous créerons des camps d’internement avant de les rapatrier vers leur contrée barbare. Notre sainte liberté ne sera pas entachée par leurs niqabs. Si vous n’aimez pas la France, quittez-la ! Vous ne nous manquerez pas ! »

Le discours s’achève sur les applaudissements extatiques des représentants du peuple. Les médias retiendront un discours sans concessions. Les Français tomberont amoureux de la belle présidente. Les historiens évoqueront ce jour comme celui où le mal a triomphé d’un peuple aveugle.