drapeau de l'europe

Mon histoire avec l’Europe n’avait pas trop mal débuté. Au commencement, lorsque j’ai eu l’âge de tout comprendre, nous étions douze comme les étoiles de notre drapeau.

À l’époque, nous apprenions sur les bancs de l’école qui était nos partenaires économiques dans le cadre de la Communauté Économique Européenne (CEE).

Arriva ensuite le traité de Maastricht, je me souviens des diverses discutions sur le oui ou le non au référendum. Je ne me souviens pas exactement quels étaient les arguments, mais dans ma tête, je sais que le oui a gagné. Les frontières ont été ouvertes au début des années 90 et nous pouvions nous balader un peu partout en Europe avec nos cartes d’identité.

C’était l’époque de l’union européenne. Petit à petit, l’union européenne accueillit de nouveaux membres et grossissait de plus en plus.

Le drame arriva au début du nouveau millénaire. Ma rencontre avec les institutions européennes eut lieu sur les bancs (en fait les strapontins) de la faculté de droit un jour de janvier du second semestre de la première année de DEUG (encore un autre truc désuet).

Je dois dire que rien ne m’avait réellement préparé à ce choc. Certes j’avais fait un premier semestre en droit et j’avais vaguement survécu à des cours de relations internationales, de droit constitutionnel, de droit civil et de méthodologie du droit. Mais les institutions européennes seraient ma bête noire pour plusieurs années.

À la base, l’Europe c’est une bande de type qui se réunissent après deux grandes fêtes à la boucherie mécanisée et qui se disent qu’ils ont déconné. Sur ce postulat d’ivrogne qui prennent des bonnes résolutions le lendemain, les premiers européens décident de s’allier pour éviter la guerre et la mort définitive.

Ils ne trouvent rien de mieux pour s’allier que de collaborer sur le charbon et l’acier. Vous allez me dire mais pourquoi le charbon et l’acier ? Je vous répondrais qu’en 1951, le charbon et l’acier était indispensable pour faire la guerre (cf, les fusils, les canons, les chars d’assaut). En plus comme le déclara Jean Monnet ceci participait à une politique « des petits pas ».

Tout ça commence très bien, sauf que… en fait, ça ne commence pas là.

L’histoire des institutions européennes ne commence pas en 1951, mais en 1949.

A l’issue de la seconde guerre mondiale avec son lot de combat, de génocide, de massacre et d’atteinte au droit de l’homme en tout genre, une bande d’humaniste décide de créer un traité pour plus que ça n’arrive (oui je sais je l’ai déjà dit). Ils créent le conseil de l’Europe et adopte l’année suivante la déclaration européenne des droits de l’homme. Dans la foulée, ils invitent le plus de leur pote à la fête. D’ailleurs de nos jours, le conseil de l’Europe comprend 47 États membres et tout un tas d’états observateurs dans le monde.

L’idée géniale du conseil de l’Europe a été d’instituer la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH pour les intimes). Cette cour a pouvoir de condamner les états qui ne respecte pas la déclaration européenne des droits de l’homme. La cour ne s’est pas faite prier pour condamné la France à plus de 600 reprises (oui la France le pays des droits de l’homme et tout ça)…

En apprenant ceci les méandres de la création du Conseil de l’Europe, j’eus l’immense déception de constater qu’il n’avait rien à voir avec l’union européenne.

Les institutions européennes peuvent se résumer selon l’axiome suivant : pourquoi faire simple quand on peut faire compliquer ?

Revenons à la grande union du charbon et de l’acier. Le charbon et l’acier ne suffisant pas, on a créé la communauté économique européenne en 1957 et vu que ça ne suffit toujours pas on fonde la même année la communauté européenne de l’énergie atomique.

À ce niveau-là, le pauvre étudiant en droit de première année a juste envie de se défenestrer. Cependant la défenestration du rez-de-chaussé est rarement efficace. Il faut évidemment préciser à ce niveau du récit que les amphithéâtres des premières années se trouve en rez-de-chaussé tout en bas de l’échelle sociale de la faculté.

Après tout un tas de péripéties (oui je suis sympa je ne vous parlerais pas de l’échec de l’armée européenne), nous en arrivons à Maastricht et à la création de l’union européenne qui simplifie tout le bazar : on rassemble la CECA, la CEE et la CEEA. Dans le même coup, on crée le parlement européen élu par le peuple, la cours de justice de l’union européenne (ne me demandez pas à quoi elle sert, je devais dormir à ce moment-là), la commission européenne et enfin le conseil européen. À partir de la création du conseil européen, l’étudiant en droit est persuadé qu’il existe un complot contre lui et contre sa réussite en faculté. On résume aussi ceci par l’interjection : « bande de connard ».

Il faut quand même oser créé le conseil européen, alors que le conseil de l’Europe existe et n’a absolument rien à voir. Ceci nous amène à nous poser diverses questions sur les gens qui créent les noms des institutions. J’imagine soit un pari perdu, soit un choix après une soirée d’alcoolique, soit un choix avec du « pique nique douille c’est toi l’andouille »

La dernière phase du cours d’institution européenne aborde le fonctionnement de chaque institution et leurs compétences propres. À vrai dire, si le droit constitutionnel ne vous a pas tué, les institutions européennes s’en chargent. On a donc un truc supra national qui a un certain pouvoir, mais pas trop quand même et qui dit des trucs aux états du genre : « ça serait bien si vous faisiez ça », « les mecs vous avez un plan triennal pour appliquer cette directive sinon on dit à tout le monde que vous êtes des pas beaux » ou du genre :

« Ouais les gars, ça vous dirait d’accueillir des réfugiés chez vous ?

-Je sais pas j’ai piscine.

-Ils sont chrétiens ces réfugiés ? Parce que nous on prend que les chrétiens.

-Vous nous donnez combien pour chaque réfugié ?

-Notre pays estime que l’accueil des réfugiés est une question de souveraineté nationale.

-On a pas assez de place pour accueillir des gens.

-Il faudrait d’abords définir ce qu’est un réfugié.

-Je préfère qu’on fasse un groupe de travail pour réfléchir à la possibilité ou non de l’accueil des réfugiés, en attendant on peut toujours laisser la situation pourrir, il est fort probable que le problème se règle tout seul. »

L’union européenne, c’est aussi des compétences en matière de classification des fruits et légume selon leur taille, des discussions sur l’éventuel déménagement du parlement de Strasbourg à Bruxelles, des réflexions sur la pêche en mer, des débats sur la monnaie unique, des vœux pieux sur les droits de l’homme, des harmonisations de diverses choses et tout un tas d’autres détails indispensables qui sont totalement incompris par les citoyens.

Si vous avez rien compris c’est normal. J’ai moi-même eu beaucoup de mal à comprendre quelques choses aux institutions européennes. Précisons que j’ai repassé cette (putain de) matière 6 fois (deux fois par années), j’ai abandonné toute envie d’avoir la moyenne et j’ai compensé avec d’autres matières où j’étais meilleur.

L’histoire ne s’arrête pas là, parce qu’en troisième année de droit, j’avais un cours nommé Droit Européen. Durant ces interminables heures de cours, j’ai appris que l’Europe avait créé du droit et j’ai aussi apprit comment elle l’avait créé. Je sais aussi à présent quel place a ce droit dans la hiérarchie des normes. Il y a une chose que l’on n’apprenait cependant pas, c’était de savoir ce que ce droit contenait. Je ne m’en suis guère formalisé et comme à mon habitude, j’ai préféré mettre l’accent sur d’autres matières dans l’espoir de compenser.

La construction européenne me laisse depuis un goût amer au fond de la bouche. Certes, assembler les peuples et les faire vivre ensemble pour éviter qu’ils se massacrent est un but louable, mais finalement, cet amas d’institution inutilement obscure pour le profane finit par faire détester l’union européenne aux citoyens européens.

Le pire est de constater l’impuissance de ces institutions face à une crise. Non en fait, le vrai pire, c’est de constater que malgré tout l’attirail juridique, l’union européenne n’arrive toujours pas à transcender l’égoïsme des états.

Un beau jour de juin 2016, les Britanniques ont dit : « tchao, on se casse » de l’union. Ma première réaction ce matin a été de me dire : « oh les cons ». Ma seconde réaction a été de penser à toutes les fois où je me suis tapé des notes entre 5 et 0 sur 20 à l’épreuve d’institution européenne. J’avais donc appris toutes ces notions et ces grands principes pour en arriver finalement à ce peuple qui dit non à la grande communauté continentale.

Bon certes, techniquement leur vote ne voulait pas forcément dire ceci. Mais bon, lorsqu’on met un bulletin de vote « out », on se pose peut-être un peu la question de savoir ce qu’il en retourne.

La magie des référendums, c’est que les votants aiment bien répondre à tous et n’importe quoi à la question. Vous demandez à un peuple : « les gars vous voulez sortir de l’union européenne ? ». Le peuple répondra :

« Oui, parce que j’aime pas les étrangers et surtout les réfugiés.

-Oui, parce que j’aime pas la gueule du gars qui pose la question.

-Oui, parce que mes parents se sont battus pour la liberté

-Oui, parce qu’il y a un complot pour remplacer la population européenne par des musulmans.

-Oui, mais vous pouvez répéter la question.

-Oui, parce que je suis toujours d’accord. »

Vous allez certainement me demander une conclusion à tout ça. Je vois déjà ceux qui crieront haut et fort que l’Europe c’était mieux avant. Je n’ai qu’une simple réponse à leur fournir : non. Je veux bien que lorsque l’âge vient, on soit frappé de nostalgie, mais bon la nostalgie des états-nations qui se tapent sur la gueule, il ne faut pas pousser mémé.

Autre conclusion possible : faite gaffe aux référendums. Ils paraissent marrants sur le papier, mais quand on a une majorité de la population qui vote n’importe comment on peut se retrouver rapidement dans la merde.

Je pense aussi que ce n’est pas demain la veille que les citoyens comprendront quelque chose au fonctionnement des institutions européennes. Évidemment, tant que nous penseront que les seules choses que nous apporte l’Europe ce sont des billets de banque chelou et des réfugiés, nous serons dans la merde pour comprendre la complexité du monde moderne.

Je noterais tout de même la performance que je viens de réaliser : un nouveau post sur ce blog et toujours rien sur la littérature et les trucs en rapport avec la littérature. C’est une performance qu’il faut noter je pense.

J’envisage aussi un jour de parler de la théorie du complot et peut-être plus précisément de celle du Grand Remplacement, vu qu’en ce moment c’est tout de même à la mode.